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Collectif feignasse

Collectif des sans emploi, chômeurs, précaires, et tous ceux qui sont privés de moyen d’existence... feignasse[AT]riseup.net

TECHNICIEN DE MAINTENANCE

Publié le 12 Février 2017 par Collectif Feignasse

Je pense que mon ennui au travail est essentiellement dû à un manque voire une absence de sens entraînant une démotivation. Je pourrais me dire que l'activité de l'usine est louable puisqu'elle nourrit des gens, mais comment ne pas avoir conscience de la qualité plus que médiocre des produits, du nombre d'emplois de boulangers qu'elle supprime, du gaspillage et des dégâts environnementaux (et humains) qu'elle engendre ? Mon emploi de technicien de maintenance contribue à remplacer les hommes par les machines, à les mettre toujours plus à distance de ce qu'ils produisent et à les reléguer, au mieux, au rang de simples surveillants. Comment peuvent-ils eux-mêmes trouver un sens et une valeur dans leur travail ?

Je dirais que la plupart des salariés de l'usine vivent le travail comme une souffrance puisqu'ils n'y trouvent pas grand intérêt si ce n'est financier, pas vraiment de sens profond, qu'ils n'envisagent certainement même plus que l'on puisse trouver un sens profond dans le travail et puisqu'ils n'ont qu'un rôle restreint dans la fabrication des produits.

Je suis fatigué physiquement et mentalement. Fatigué de ne plus trouver le repos, fatigué de mettre entre parenthèses ma vie sociale et ma vie de couple, fatigué de voir mon visage changer, ma mine pâlir, le dessous de mes yeux noircir, mes cernes se marquer, fatigué d'être constamment enfermé dans le vacarme, fatigué car je ne veux pas m'adapter à cet environnement et ces horaires de travail contre-nature.

Vivement que ça soit fini pour pouvoir enfin « vivre », mais ça n'est jamais fini puisque ça recommence le lendemain. Je pense que nous sommes résignés à payer le prix du travail aliéné pour nous payer nos vies de consommateurs, que nous avons fait une croix sur les plaisirs de l'être en faveur des plaisirs de l'avoir. Pourtant, on peut sentir le malaise et une démotivation générale est palpable au sein de l'usine. Et les questions qui surviennent alors sont : que faire ? et comment changer ?

La fuite en avant technologique est la solution proposée à tous les problèmes et elle reçoit l'approbation du plus grand nombre puisqu'elle nous évite de remettre en cause nos modes de vie.

La logique capitaliste, industrielle et marchande a fait beaucoup de chemin dans nos têtes et nous sommes devenus incapables de penser d'autres modes de vie et de production. Le critère quantitatif a effacé le critère qualitatif.

Mais la technique pour la technique, ça n'a pas de sens. J'ai toujours de l’intérêt pour la mécanique, l'électricité ou l'automatisme mais ce ne sont que des moyens. Quelles fins souhaitables peuvent-ils servir ? Dépolluer les eaux à l'aide de robots ? Utiliser moins d'engrais et de pesticides en développant des drones ? Remplacer le travail ingrat d'ouvrier par des robots? Il est aussi tentant de se dire que l'on va rendre le monde meilleur qu’absurde de vouloir réparer les dégâts de la technologie par plus de technologie...

Extraits de propos recueillis par Pièces et main d’oeuvre
Septembre-décembre 2016

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=895

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Jao Aliber 21/03/2017 22:58

Le rôle révolutionnaire des machines(de la technologie en général) est de détruire l'aliénation positive.C'est à dire l'aliénation qui se satisfait de lui-même en tant que propriété privée(profit, salaire,etc.).

Mais la destruction de l'aliénation positive(salariat) engendre l'aliénation négative(chômage).Le chômeur est aussi aliéné mais négativement c'est à dire que son dans aliénation il n'y a plus de satisfaction matérielle(ni capital, ni salaire).

Si l'aliénation du salarié permet de lui procuré de moyens de subsistance à travers son salaire, l'aliénation du chômeur est, en dernière instance, mortelle puisqu'elle prive le chômeur de ses moyens de subsistance essentielles.

L'aliénation du salarié est conservatrice.Ils cherchent à maintenir l'aliénation.Les syndicats contre les licenciements, la lutte pour la hausse des salaires, etc.

Par contre l'aliénation du chômeur force celui-ci à révolutionner la société actuelle parce que son aliénation le condamne à mort(en tout cas dans le circuit économique normal).Les aides étatiques(RSA,etc.) proviennent des restes de l'aliénation positive des salariés occupés.

La classe révolutionnaire est en réalité constitué par les chômeurs et précaires qui seront obligés de renverser le salariat pour survivre.Sur leur ils trouveront les classes réactionnaires salariés occupés et les capitalistes qui agissent énergiquement pour maintenir l'aliénation positive, la propriété privée(salaire et capital).Ils suffit d'observer les syndicats salariés et leur histoire politique réformiste sans oublier le salariat bolchevique.