L'ANARCHO-SYNDICALISME

Publié le par Collectif Feignasse

 

L’ANARCHISME (Espagne)

Un problème départageait les anarcho-syndicalistes espagnols, faisant resurgir dans la pratique le débat théorique qui avait, au congrès anarchiste international de 1907, opposé les syndicalistes aux anarchistes. Au sein de la C.N.T. l'action revendicative quotidienne avait sécrété une tendance réformiste, contre laquelle la F.A.I. (Federación Anarquista Iberica), fondée en 1927, s'attribua la mission de défendre l'intégrité de la doctrine anarchiste.

Le décret du 24 octobre 1936 était un compromis entre l'aspiration à la gestion autonome et la tendance à la tutelle étatique, en même temps qu'une transaction entre capitalisme et socialisme. Il fut rédigé par un ministre libertaire, et entériné par la C.N.T., parce que les dirigeants anarchistes participaient au gouvernement. Tenant eux-mêmes les leviers de commande étatiques, comment ces derniers auraient-ils pu s'offusquer de l'ingérence de l'État dans l'autogestion ? Une fois le loup introduit dans la bergerie, il finit, peu à peu, par s'y comporter en maître. (...)

Pour financer l'autogestion, la C.N.T. envisagea la création d'une «banque confédérale». Mais il était utopique de vouloir faire concurrence au capital financier qu'avait épargné la socialisation. La seule solution eût été de faire passer tout le capital financier entre les mains du prolétariat organisé. La C.N.T., prisonnière du Frente Popular, n'osa pas aller jusque-là.

Daniel Guerin, 1965 (extraits)
http://inventin.lautre.net/livres/Guerin-l-anarchisme.pdf

CRITIQUE DU SYNDICALISME

(...) Nous ne pensons évidemment pas à reconnaître à la C.N.T. un rôle de référence centrale et de représentation des libertaires : tous ceux qui le sont n’en font pas partie, et tous ceux qui en font partie ne le sont pas.

L’heure du syndicalisme révolutionnaire est passée depuis longtemps, parce que, sous le capitalisme modernisé, tout syndicalisme tient sa place reconnue, petite ou grande, dans le spectacle de la discussion démocratique sur les aménagements du statut du salariat, c’est-à-dire en tant qu’interlocuteur et complice de la dictature du salariat : car démocratie et salariat sont incompatibles, et cette incompatibilité, qui a toujours existé essentiellement, se manifeste de nos jours visiblement sur toute la surface de la société mondiale. À partir du moment où le syndicalisme et l’organisation du travail aliéné se reconnaissent réciproquement, com-me deux puissances qui établissent entre elles des relations diplomatiques, n’importe quel syndicat développe en lui-même une autre sorte de division du travail, pour conduire son activité réformiste toujours plus dérisoire. Qu’un syndicat se déclare idéologiquement hostile à tous les partis politiques, voilà ce qui ne l’empêche aucunement d’être dans les mains de sa propre bureaucratie de spécialistes de la direction, tout à fait comme un quelconque parti politique. Chaque instant de sa pratique réelle le démontre. (...)

Les dirigeants de la C.N.T. veulent être un pôle de regroupement des libertaires sur une base syndicaliste, en fait modérée et acceptable par l’ordre établi. (...)

Et heureusement, la plupart, et notamment la plupart des ouvriers libertaires, sont maintenant des incontrôlés. (...)

Guy Debord, septembre 1980 (extraits)
http://inventin.lautre.net/livres/Debord-Critique-du-syndicalisme.pdf

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