VIVE LA GRÈVE DU ZÈLE !

Publié le par Feignasse irrécupérable

VIVE LA GRÈVE DU ZÈLE !
Publicité

« L'oisiveté n’est vice que chez les pauvres. C’est au nom de cette morale spéciale que les ouvriers doivent trimer dur et sans rêve au profit de leurs patrons et que tout relâchement de leur part, dans l’effort de production, tout ce qui tend à réduire le bénéfice escompté par l’employeur, est qualifié d’action immorale. »

La morale dénoncée par Pouget il y a plus d’un siècle s’est imposée dans toutes les entreprises et imprègne notre société. Les récents débats sur la “valeur travail”, invoquée à droite comme à gauche, le montrent, mais pas seulement : dans nombre d’organisations, le surtravail fait partie du fonctionnement normal de la structure. Le zèle n’est pas un petit plus, c’est une exigence de base que les employeurs formulent et contrôlent. De nombreuses stratégies managériales existent pour obtenir des salariés qu’ils donnent le maximum, bien au-delà de ce qui est écrit sur leur contrat de travail. La fixation d’objectif, par exemple, se fait de plus en plus à l’excès. Pour obtenir une prime, il faut désormais “sur-performer”, c’est-à-dire dépasser à la fois ses collègues et ses résultats précédents.

Certains secteurs sont particulièrement touchés par le phénomène de surtravail et d’injonction à surperformer, pour d’autres raisons : dans l’associatif, chaque salarié est incité à donner le meilleur de lui-même, car les budgets sont limités et la cause noble. Ainsi, pourquoi compter ses heures quand on participe à une action artistique, humanitaire ou politique ? Nos politiques sont les premiers partisans du surtravail de leurs propres collaborateurs parlementaires : à l’Assemblée nationale, l’application du droit du travail reste inexistante et le travail de soir, de nuit ou du week-end est monnaie courante.

La surperformance au travail s’est donc imposée partout, qu’elle soit nécessaire ou non.

Il faut toujours en faire plus au travail, non pour des raisons d’efficacité, mais, le plus souvent, pour des raisons morales : un bon travailleur du capitalisme est un travailleur qui en fait plus qu’il ne devrait. C’est quelqu’un de “perfectionniste”, ce fameux défaut que nous nous préparons tous à citer dans un entretien d’embauche, cette passion à l’ouvrage que nous déclarons tous dans nos lettres de motivation qui est, soit dit en passant, un exercice complètement inutile mais qui a pour intérêt de nous conduire à renouveler, à chaque nouvelle candidature, une déclaration préalable de soumission pour espérer obtenir une déclaration préalable d’embauche.

Même lorsque l’on est isolé face au monde du travail, nous finissons tous par percevoir que, le plus souvent, le surtravail ne paie pas. Nous n’obtenons ni reconnaissance, ni augmentation, à travailler plus fort. Au contraire : très rapidement, ce zèle est perçu comme une norme, une chose que l’on peut attendre de nous en permanence. En surtravaillant, nous réduisons la valeur et le prix de notre travail.

Contre le surtravail, la grève de la performance !

Longtemps promue par le mouvement ouvrier et tombée en déshérence, la résistance à la performance au travail, au dépassement de soi, aux heures supplémentaires, voire à l’enthousiasme forcé que les managers aiment nous voir adopter, est très efficace, et permet de réduire l’exploitation au travail, de retrouver sa dignité face à l’arbitraire patronal voire de trouver la force d’aller plus loin : le sabotage au travail, ou une façon possible de reprendre le pouvoir sur son travail et, à terme, de changer la société.

Emile Pouget était un secrétaire général de la CGT au début du siècle passé. À l’époque, la CGT avait une orientation anarcho-syndicaliste : elle prônait la grève comme moyen d’instaurer un rapport de force avec le patronat pour obtenir une amélioration de la condition des travailleurs, comme la journée de 8 h, mais aussi pour aller vers une révolution sociale. Mais la grève n’était pas le seul mode d’action encouragé par la CGT. Le sabotage en faisait également partie. D’ailleurs Pouget a écrit un libre là-dessus, un classique du mouvement ouvrier depuis tombé en déshérence.

Quand on pense sabotage, on pense destruction de voie de chemin de fer, explosion de bombes, etc. Mais à l’origine, le terme avait une signification plus accessible à n’importe quel travailleur : il s’agissait de travailler plus lentement, de ralentir le rythme, de ne faire que le nécessaire.

Comment réussir sa grève ?

Il est possible de traîner des pieds au travail, d’arrêter les heures supp, de prendre des congés, de poser des arrêts maladies par exemple, ou bien encore de « travailler en perruque », ce qui en argot ouvrier signifie détourner son travail à des fin personnelles (en utilisant les matériaux et les machines de l’entreprise pour son propre usage ou celui d’une autre structure militante, associative, lucrative, par exemple).

https://www.frustrationmagazine.fr/sabotage-performance/

La grève de la performance ne constitue bien sûr que l’une des modalités possibles du sabotage au travail, il existe d’autres moyens pour empêcher la production.

Émile Pouget évoque par exemple plusieurs cas de travailleurs qui ont enrayé la production en détournant ou abîmant leurs outils : les coiffeurs de Paris, entre 1903 et 1906, ont mis en œuvre des campagnes de “badigeonnage” des boutiques, c’est-à-dire de dépôt d’un shampoing amélioré par leurs soins (avec des œufs) sur les devantures, pour finir par obtenir un jour de fermeture et de repos hebdomadaire. Ou encore les boulangers dont l’un des modes d’action était de s’en prendre aux pétrins ou bien de réaliser du pain dur et immangeable.

Aujourd’hui encore des salariés pratiquent ce genre de résistance sur leur lieu de travail, on en trouve quelques exemples dans cet article :  https://www.frustrationmagazine.fr/sabotage-travail/

Publié dans Travail

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article